l'Alibori
Par Pascal Dacheux le mercredi, 21 février 2007, 18:30 - Politique - Lien permanent
coopération décentralisée avec le département le plus au nord du Bénin
par Pascal Dacheux
La région Picardie entame un programme de coopération décentralisée
avec le département le plus au nord du Bénin: l'Alibori. Entre autres
particularités, c'est dans ce département que l'Afrique de l'ouest
compte sa plus grande réserve internationale de Biosphère: le Parc du
W (lui même adjacent au parc de la Pendjari au sud ouest).
A l'occasion d'un déplacement personnel au Burkina voisin, j'ai pris
quelques jours pour visiter l'Alibori. J'étais intéressé par la
cohabitation du parc et le développement des activités humaines
limitrophes.
Armand Gnahoré, salarié du projet pour la Picardie, a mobilisé un peu
de son temps sur place pour m'ouvrir les portes de certains acteurs
institutionnels. Dans ce cadre, j'ai rencontré:
le Maire de Kandi (préfecture du département)
le maire de Banikoara (principale commune du secteur après Kandi)
le directeur de la partie béninoise du parc du W (PRW)
le responsable d'un programme néerlandais de coopération (SNV) à
Kandi
A ces rencontres formelles d'autres conversations se sont tenues avec
les habitants limitrophes du parc, un guide du parc, des visiteurs du
parc, un agent de développement de l'agriculture biologique.
A l'issue des six jours passés sur place, voici mes impressions.
Le parc est un vaste espace de brousse arborée qui fait barrage à la
désertification toute proche côté Niger (les pluies sont plus
abondantes et plus régulières à l'intérieur du parc qu'à l'extérieur).
Cependant, à la saison sèche, l'eau est un facteur limitant au
développement des effectifs animaliers. Des aménagements de mares
permanentes sont programmés mais ils manquent de financement. Les
animaux sont nombreux, je citerai: éléphants, lions, buffles,
antilopes cheval, grand calao et tous autres mammifères et oiseaux.
Les pistes permettent un accès aux véhicules tout terrain, des
miradors permettent l'observation, la marche et les bivouacs sont
autorisés. Les infrastructures d'accueil du public sont limitées à
deux campements de faible capacité. Deux zones protégées et dédiées à
la chasse organisée disposent d'installations conséquentes, elles sont
gérées par concession à des intérêts privés. La gestion du PRW semble
de bonne qualité, le directeur est un personnage charismatique,
engagé, convaincu. La structure dépend d'un ministère de l'état
béninois, c'est la CENAGREF. Le braconnage et les incursions
illégitimes des éleveurs sont sous contrôle.
La source principale de revenu du PRW provient du tourisme de chasse,
une trentaine de chasseurs fortunés paient des milliers d'euros pour
pister et abattre de grands mammifères selon des quotas instaurés par
les gestionnaires du PRW. Le tourisme de vision génèrent des revenus
liés aux droits d'entrée des personnes et des véhicules. Les revenus
du parc sont reversés à hauteur de 30% aux populations riveraines
constituées en association AVIGREF. Ces dotations permettent des
investissements dans les services à la population, elles sont gérées
par les villages et échappent aux communes (niveau de structuration
équivalent à nos pays), ce que les maires regrettent. Par contre cette
affectation liée à la périphérie du parc renforce le sentiment des
villageois de l'intérêt de protéger cet espace. En outre, la viande du
gibier abattu est également cédée aux AVIGREF qui la vendent à 500 CFA
le kg soit moitié prix du boeuf. Ce dispositif permet aux plus
modestes d'avoir accès à cette nourriture très prisée.
Il existe une zone tampon de 5 km, concédée par le PRW aux activités
agricoles sous contrôle. L'agriculture, l'élevage, l'apiculture et la
cueillette y sont autorisés moyennant une location de 5000 CFA par ha
et par an. Un cahier des charges encadre les activités.
Au delà, les activités agricoles sont essentielles à l'économie
locale. Ainsi la commune de Banikoara produit le tiers du coton
béninois, et produit aussi beaucoup de viande de boeuf. Ces activités
ainsi que l'égrenage du coton génèrent des recettes fiscales
importantes pour les budgets communaux et l'état béninois. La culture
du maïs tient aussi une place importante, elle est essentiellement
vivrière, c'est la base de l'alimentation locale. Peu de fruits et
légumes sont disponibles sur les marchés.
L'agriculture est dite extensive, avec de faibles rendements sur de
grandes surfaces. Les sols sont usés après quelques années de culture,
de nouvelles terres sont alors défrichées (si elles existent), les
intrants sont utilisés de manière intensive avec 6 passages
insecticides et l'usage d'engrais chimiques et d'herbicides totaux et
de pré-levée. Malgré cela les résultats sont décevants (de une à deux
tonnes par ha), ainsi cette années la récolte a été divisée par deux,
il était attendu 600 000 tonnes pour tout le pays et la moitié
seulement sera produite. Un insecticide inefficace semble à l'origine
d'une perte considérable. La rotation des cultures est rare, la
déforestation fait rage. Les graines de coton sont mises à disposition
gratuitement, les intrants sont avancés aux producteurs par des
intérêts privés qui se garantissent ainsi l'obligation de vente du
coton. Le prix de 170 CFA le kg est versé jusqu'à trois années après
la récolte, les petits producteurs sont les premières victimes du
système car ils sont payés les derniers. En effet, la nécessité de
transporter la marchandise à l'usine d'égrenage mobilise des camions.
Les gros producteurs possèdent leur propres moyens alors que les plus
petits doivent se réunir et passent en dernier.
L'élevage est l'affaire des Peuls qui se déplacent sur de vastes
territoires pour le pâturage des animaux.
La concurrence pour l'espace est vive entre les agriculteurs, mais
plus encore avec les éleveurs qui commencent à quitter le territoire
faute de place. Le vaste espace du parc est convoité pour l'extension
des activités agricoles.
Des solutions agronomiques existent pour améliorer l'état des terres,
notamment en reconstituant le taux de matière organique et en luttant
contre l'érosion.
L'agriculture biologique est également présente sur quelques dizaines
d'hectares. Des techniques appropriées évitent le recours aux engrais,
une répulsif pour les insectes est fabriqué sur place, il nécessite du
travail mais il est gratuit et efficace puisque le rendement du coton
bio était meilleur cette année que le coton chimique. Un système de
commercialisation équitable paie le coton bio 20% plus cher et encore
une prime de 68 CFA le kg si des enfants ont moins de 18 ans afin de
les scolariser. Le prix ainsi payé est de 270 CFA à comparer aux 170
CFA de l'autre système. Un organisme béninois de développement assure
la coordination sur place, il est certifié par l'organisme français
ECOCERT.
Il apparaît ainsi l'opportunité de développer cette pratique sur les
franges du parc dans un premier temps. Les ressources naturelles
seraient ainsi préservées, le niveau de vie des populations
améliorées, l'activité pérennisée. En outre le lycée agricole d'Airion
dans l'Oise mène des actions dans l'Alibori. Or ce lycée picard est LE
lycée agricole qui s'intéresse à l'agriculture biologique pour son
exploitation. Des liens renforcés semblent possibles.
Par ailleurs, des moyens supplémentaires (aménagements de points
d'eau, de structure d'accueil, de moyens de communication) au niveau
même du parc pourrait accroître sa fréquentation et ainsi les revenus
aux populations.
Le foisonnement des initiatives caritatives sur place laisse
perplexe, toute intervention nécessite une coordination et une mise en
réseau des moyens disponibles.
Je me tiens à votre disposition pour tout échange sur le sujet et
surtout n'hésitez pas à me faire part de vos remarques.
Cordialement
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Pascal Dacheux
Vice-président du Conseil Régional de Picardie
délégations agriculture et environnement
Commentaires
bon courage pour ce programme