La région Picardie entame un programme de coopération décentralisée avec le département le plus au nord du Bénin: l'Alibori. Entre autres particularités, c'est dans ce département que l'Afrique de l'ouest compte sa plus grande réserve internationale de Biosphère: le Parc du W (lui même adjacent au parc de la Pendjari au sud ouest). A l'occasion d'un déplacement personnel au Burkina voisin, j'ai pris quelques jours pour visiter l'Alibori. J'étais intéressé par la cohabitation du parc et le développement des activités humaines limitrophes. Armand Gnahoré, salarié du projet pour la Picardie, a mobilisé un peu de son temps sur place pour m'ouvrir les portes de certains acteurs institutionnels. Dans ce cadre, j'ai rencontré: le Maire de Kandi (préfecture du département) le maire de Banikoara (principale commune du secteur après Kandi) le directeur de la partie béninoise du parc du W (PRW) le responsable d'un programme néerlandais de coopération (SNV) à Kandi A ces rencontres formelles d'autres conversations se sont tenues avec les habitants limitrophes du parc, un guide du parc, des visiteurs du parc, un agent de développement de l'agriculture biologique. A l'issue des six jours passés sur place, voici mes impressions. Le parc est un vaste espace de brousse arborée qui fait barrage à la désertification toute proche côté Niger (les pluies sont plus abondantes et plus régulières à l'intérieur du parc qu'à l'extérieur). Cependant, à la saison sèche, l'eau est un facteur limitant au développement des effectifs animaliers. Des aménagements de mares permanentes sont programmés mais ils manquent de financement. Les animaux sont nombreux, je citerai: éléphants, lions, buffles, antilopes cheval, grand calao et tous autres mammifères et oiseaux. Les pistes permettent un accès aux véhicules tout terrain, des miradors permettent l'observation, la marche et les bivouacs sont autorisés. Les infrastructures d'accueil du public sont limitées à deux campements de faible capacité. Deux zones protégées et dédiées à la chasse organisée disposent d'installations conséquentes, elles sont gérées par concession à des intérêts privés. La gestion du PRW semble de bonne qualité, le directeur est un personnage charismatique, engagé, convaincu. La structure dépend d'un ministère de l'état béninois, c'est la CENAGREF. Le braconnage et les incursions illégitimes des éleveurs sont sous contrôle. La source principale de revenu du PRW provient du tourisme de chasse, une trentaine de chasseurs fortunés paient des milliers d'euros pour pister et abattre de grands mammifères selon des quotas instaurés par les gestionnaires du PRW. Le tourisme de vision génèrent des revenus liés aux droits d'entrée des personnes et des véhicules. Les revenus du parc sont reversés à hauteur de 30% aux populations riveraines constituées en association AVIGREF. Ces dotations permettent des investissements dans les services à la population, elles sont gérées par les villages et échappent aux communes (niveau de structuration équivalent à nos pays), ce que les maires regrettent. Par contre cette affectation liée à la périphérie du parc renforce le sentiment des villageois de l'intérêt de protéger cet espace. En outre, la viande du gibier abattu est également cédée aux AVIGREF qui la vendent à 500 CFA le kg soit moitié prix du boeuf. Ce dispositif permet aux plus modestes d'avoir accès à cette nourriture très prisée. Il existe une zone tampon de 5 km, concédée par le PRW aux activités agricoles sous contrôle. L'agriculture, l'élevage, l'apiculture et la cueillette y sont autorisés moyennant une location de 5000 CFA par ha et par an. Un cahier des charges encadre les activités. Au delà, les activités agricoles sont essentielles à l'économie locale. Ainsi la commune de Banikoara produit le tiers du coton béninois, et produit aussi beaucoup de viande de boeuf. Ces activités ainsi que l'égrenage du coton génèrent des recettes fiscales importantes pour les budgets communaux et l'état béninois. La culture du maïs tient aussi une place importante, elle est essentiellement vivrière, c'est la base de l'alimentation locale. Peu de fruits et légumes sont disponibles sur les marchés. L'agriculture est dite extensive, avec de faibles rendements sur de grandes surfaces. Les sols sont usés après quelques années de culture, de nouvelles terres sont alors défrichées (si elles existent), les intrants sont utilisés de manière intensive avec 6 passages insecticides et l'usage d'engrais chimiques et d'herbicides totaux et de pré-levée. Malgré cela les résultats sont décevants (de une à deux tonnes par ha), ainsi cette années la récolte a été divisée par deux, il était attendu 600 000 tonnes pour tout le pays et la moitié seulement sera produite. Un insecticide inefficace semble à l'origine d'une perte considérable. La rotation des cultures est rare, la déforestation fait rage. Les graines de coton sont mises à disposition gratuitement, les intrants sont avancés aux producteurs par des intérêts privés qui se garantissent ainsi l'obligation de vente du coton. Le prix de 170 CFA le kg est versé jusqu'à trois années après la récolte, les petits producteurs sont les premières victimes du système car ils sont payés les derniers. En effet, la nécessité de transporter la marchandise à l'usine d'égrenage mobilise des camions. Les gros producteurs possèdent leur propres moyens alors que les plus petits doivent se réunir et passent en dernier. L'élevage est l'affaire des Peuls qui se déplacent sur de vastes territoires pour le pâturage des animaux. La concurrence pour l'espace est vive entre les agriculteurs, mais plus encore avec les éleveurs qui commencent à quitter le territoire faute de place. Le vaste espace du parc est convoité pour l'extension des activités agricoles. Des solutions agronomiques existent pour améliorer l'état des terres, notamment en reconstituant le taux de matière organique et en luttant contre l'érosion. L'agriculture biologique est également présente sur quelques dizaines d'hectares. Des techniques appropriées évitent le recours aux engrais, une répulsif pour les insectes est fabriqué sur place, il nécessite du travail mais il est gratuit et efficace puisque le rendement du coton bio était meilleur cette année que le coton chimique. Un système de commercialisation équitable paie le coton bio 20% plus cher et encore une prime de 68 CFA le kg si des enfants ont moins de 18 ans afin de les scolariser. Le prix ainsi payé est de 270 CFA à comparer aux 170 CFA de l'autre système. Un organisme béninois de développement assure la coordination sur place, il est certifié par l'organisme français ECOCERT. Il apparaît ainsi l'opportunité de développer cette pratique sur les franges du parc dans un premier temps. Les ressources naturelles seraient ainsi préservées, le niveau de vie des populations améliorées, l'activité pérennisée. En outre le lycée agricole d'Airion dans l'Oise mène des actions dans l'Alibori. Or ce lycée picard est LE lycée agricole qui s'intéresse à l'agriculture biologique pour son exploitation. Des liens renforcés semblent possibles. Par ailleurs, des moyens supplémentaires (aménagements de points d'eau, de structure d'accueil, de moyens de communication) au niveau même du parc pourrait accroître sa fréquentation et ainsi les revenus aux populations. Le foisonnement des initiatives caritatives sur place laisse perplexe, toute intervention nécessite une coordination et une mise en réseau des moyens disponibles. Je me tiens à votre disposition pour tout échange sur le sujet et surtout n'hésitez pas à me faire part de vos remarques. Cordialement ------------------------------------------------------------ Pascal Dacheux Vice-président du Conseil Régional de Picardie délégations agriculture et environnement